MINI EN MAI 2018

La Mini en Mai, c'est une épreuve de référence sur notre circuit des Mini 6.50. En effet c'est la course la plus longue en solitaire le long des côtes françaises avec 500 miles nautiques à parcourir entre La Trinité sur Mer, le Cap de la Chèvre (pointe Bretagne), l'estuaire de la Gironde et le pont de L'île de Ré.

C’est aussi ma deuxième course en solitaire sur mon petit bateau.

La météo s'annonce encore une fois compliquée avec un vent timide et capricieux.
La veille du départ, la direction de course nous annonce que le parcours sera raccourci. Nous ne descendrons pas devant Bordeaux mais contournerons le plateau de Rochebonne ainsi que l'île de Ré avant de rentrer à la Trinité.

Une sage décision qui se confirme dès le top départ, donné dans un vent quasi absent. On sent déjà que ça va être long.

Mon placement sur la ligne est moyen mais je parviens néanmoins à tirer mon épingle du jeu pour atteindre l'extrémité droite du plan d'eau et ainsi faire partie des premiers bateaux à profiter de la brise thermique d'ouest qui s'installe vers 14h.

La course démarre enfin ! Avant de nous élancer vers le raz de Sein, nous devons réaliser un parcours en baie de Quiberon. Une succession de bords courts et intenses qui ne manqueront pas de laisser des traces sur le physique des troupes, en sortant de la baie on est déjà rincés d'avoir enchaîné les manœuvres...

voiliers sous spi

Le vent d'ouest s'essouffle, pour laisser place quelques heures plus tard à un flux de Nord Est typique la nuit en condition anticyclonique.
Il faut ruser pour atteindre la baie de Lorient où ce vent "synoptique" va faire son apparition. À ce jeu-là je ne me démarque pas et me retrouve derrière le groupe de tête.
On est sous gennaker et le vent monte à 15 nœuds. Je décide de faire marcher mon bateau en serrant moins le vent que les autres pour essayer de les doubler par dessous.
Mahi-Mahi accélère, mon plan semble fonctionner.

En arrivant au niveau de l'archipel des Glénan, je suis presque revenu à hauteur des premiers.
Nous passons la pointe de Penmarc'h et il faut désormais faire du près jusqu'à l'île de Sein que nous atteignons au lever du soleil.
Je suis 400m derrière Amélie et Ambrogio qui sont très rapides dans ces conditions.
Plutôt content de moi, je vais rapidement déchanter lorsque je me retrouve dans un trou sans vent et que je vois mes petits potes se faire la malle sans moi.
penmarch
Quelques minutes plus tard je ne les vois plus, ils sont partis... En revanche j'ai tout le plaisir d'observer le reste des concurrents me dépasser, les uns après les autres pour me voir passer de la 4ème à la 17ème place...
Je suis partagé entre un profond sentiment d'injustice et une violente envie de me refaire une santé. Après tout, il reste 350 miles à parcourir.
Ça va être la guerre !!

Je passe le raz de Sein et atteint la Basse du Lis, la marque de parcours la plus au nord.
C'est parti pour la grande descente sous spi, mais dans ce vent toujours faible, je ne suis pas à l'aise et Mahi-Mahi ne peut pas tout faire tout seul.
En revanche à la tombée de la nuit, le synoptique de Nord-Est s'invite de nouveau et s'établit rapidement aux alentours de 20 nœuds.
Nous sommes sous Gennaker et ces conditions un peu musclées me parlent beaucoup plus!

Nous dévalons la houle dans la nuit noire! L'étrave de mon bateau disparaît dans le creux des vagues et se sont des trombes d'eau qui s'abattent sur le pont et sur ma tête.
12 nœuds, 13 nœuds, 14 nœuds... Mahi-Mahi ne cesse d'accélérer et nous doublons un à un nos concurrents qui ont fait le choix (de la sagesse ?) de ne pas garder le gennak.

Au lever du jour, le vent se calme et j'aperçois le bateau d'Amélie. Incroyable ! Inespéré !! Je suis revenu au contact !!

Le vent mollit encore, nous sommes un petit groupe de bateau très resserrés à arriver en même temps au plateau de Rochebonne pour nous retrouver littéralement collés au stade.
Plus rien. Pas un souffle de vent. On a du mal à empêcher les bateaux de tourner sur place...
rochebonne

Heureusement, le reste de la flotte qui nous rattrapait fini par s'arrêter également, quelques miles derrières nous.
Et finalement un courant d'air montre le bout de son nez et tout le monde redémarre, tout doucement, sous spi, en direction de l'île de Ré.

En arrivant dans le Pertuis d'Antioche, Amélie a réussi à reprendre quelques longueurs d'avance. Sur l'AIS, système électronique nous permettant d'observer les autres bateaux ainsi que leur cap et leur vitesse, je la vois s'arrêter.
C'était à prévoir, le courant devant la Rochelle est en train de s'inverser et le vent trop faible ne nous permet plus d'avancer.

À quelques centaines de mètres du phare de Chauveau, sud-est de l'île, je décide de mettre mon mouillage pour ne pas reculer et perdre du terrain. Les autres bateaux m'emboitent le pas et nous nous retrouvons à l'arrêt, au mouillage alors que nous sommes en course.
Depuis le départ je n'ai presque pas dormi et après quasiment 60h sans repos, je m'effondre dans mon cockpit.

Je ne sais plus à quoi j'étais en train de rêver mais j'étais plongé dans un sommeil très profond. Au loin quelqu'un m'appelle.
Je suis en plein sommeil et on vient me déranger !
Puis je reviens à moi. C'est Guillaume du 868 qui hurle pour me réveiller. Je mets quelques secondes à reprendre mes esprits
Je suis où ? Qu'est-ce qu'il se passe ?? Ah oui ! La Mini en Mai !!!

Je prends conscience de mon erreur de débutant en voyant que tout la flotte a redémarré et que je suis le seul encore sur ancre. D'ailleurs Mahi-Mahi tire fort sur son mouillage comme si il voulait se libérer ! Il a tellement tiré que sa quille est emmêlée dans la chaîne d'ancre que je ne parviens pas à remonter.
Grosse panique ! Comment faire ?! Et les autres qui se barrent sans moi !! Mais quel con c'est pas possible !!!
Je me déshabille et suis sur le point de plonger pour démêler les nœuds quand Camille du 791 qui passe à côté de moi me suggère d’utiliser les safrans pour faire pivoter le bateau grâce au courant.
J'essaie et ça fonctionne, le bateau se met à 90° du courant, je ramène la chaîne à l'étrave et d'un seul coup l'ancre vient !
Quel soulagement, je n'avais vraiment pas envie d’aller me baigner à 7h du matin dans une eau encore très fraîche, d'autant qu'il reste une bonne trentaine d'heures de course à faire...

C'est reparti, je reprends mes esprits et me rends compte que finalement, mes copains de mouillage ne sont que quelques centaines de mètres devant.

Le vent rentre de nouveau et nous passons le pont de l'île de Ré pour attaquer le retour vers la Trinité sur Mer.
Un gros nuage nous permet de sortir du Pertuis Breton sous spi à toute allure, mais une fois qu'il est passé c'est de nouveau le calme plat.
Un calme qui va durer pendant plusieurs heures où nous sommes tous regroupés suffisamment proches pour pouvoir discuter. De temps en temps, une risée nous fait parcourir quelques mètres et puis c'est de nouveau l'arrêt complet.

C'est uniquement vers 18h, en arrivant devant les Sables d'Olonne que le vent va finalement rentrer pour de bon. De secteur Nord pour 8-10 nœuds, c'est donc au près que nous allons rallier la baie de Quiberon.

De nuit nous passons entre l'île d’Yeu et Noirmoutier avec un nuage d'orage qui décide de venir semer la zizanie au sein de la flotte.
Plutôt bien placé à droite du plan d'eau, je me retrouve complétement à gauche, vers Yeu et en queue de flotte. Décidément il faudra se battre jusqu'au bout.
Je passe le reste de la nuit à faire filer Mahi-Mahi le plus vite possible, quitte à être du mauvais côté, autant y aller franchement, à fond, et tenter le tout pour le tout.

Seulement voilà, l'entrée la plus logique de la baie de Quiberon, la passe des Grands Cardinaux est à droite et je suis à gauche. Si j'y vais, je reperds énormément de places.
L'autre solution consiste à passer entre les Îles d'Houat et Hoëdic, par le passage des sœurs.
Tactiquement c'est très tentant mais c'est une zone que je connais mal et elle est truffée de cailloux. J'hésite longtemps mais finalement je me résigne à perdre des places. En effet le but premier est de finir la course pour valider les miles qualificatifs à la Mini-Transat et surtout pas de risquer d'aller perdre le bateau dans les roches à quelques heures de l'arrivée.

Je passe donc derrière un bon nombre de bateau pour attaquer le dernier tronçon de la course jusqu'au chenal de La Trinité.

Je suis au contact avec plusieurs autres Pogo3 et je compte bien laisser ceux-là derrière.
Deux orages successifs vont nous déverser des trombes d'eau sur la figure et faire tomber la foudre à quelques mètres de nous mais personne n'est touché.

J'arrive enfin à la bouée du Petit Treho, qui se situe à 100 mètres de la ligne d'arrivée que je coupe vers 15h samedi en 14ème position.

Un peu déçu par cette fin de course, je me console rapidement car j'ai un comité d'accueil de choix sur le ponton !

En définitive cette Mini en Mai a été très enrichissante en terme d'expérience et même si le résultat final n'est pas à la hauteur de mes espérances j'ai pris beaucoup de plaisir sur l'eau et Mahi-Mahi et moi avons surtout fais un pas de plus vers la Mini-Transat 2019 !!

Rendez-vous le 22 juillet aux Sables d'Olonne pour le départ des Sables-Les Açores-Les Sables !
Julien Letissier

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