PORNICHET SELECT 2018

Ma première grande course en solitaire sur Mahi-Mahi. 300 milles au programme !

La saison Mini a bel et bien démarré, 15 jours après la Plastimo Lorient Mini, il est temps de « se jeter à l’eau » pour courir les 300 milles nautiques de la Pornichet Select 2018, en solitaire cette fois-ci.

Le départ doit être donné samedi 21 avril à 13h00.

Sur les pontons, l’ambiance est bonne. On bricole, on fait l’avitaillement des bateaux et on affine les derniers réglages sous un superbe soleil. Néanmoins une légère tension est palpable car nous sommes beaucoup de bizuths (première Select et première course en solitaire).

Samedi matin nous sommes prêts, Mahi-Mahi est nettoyé et rangé et le zodiac de l’organisation nous prend en remorque à 10h30 pour partir en direction de la zone de course.

Le vent est faible, environ 6 nœuds, la baie de la Baule est plate et le soleil tape déjà fort. Il faut se protéger et surtout penser à boire beaucoup.

Je me règle en comparant ma vitesse avec d’autres Pogo 3, et fais un envoi de spi pour vérifier que rien ne cloche. Là encore il est prévu que le départ soit donné au portant (sous-spi) pour aller directement vers la sortie de la baie.

Le parcours qui nous attend est loin d’être simple :
Après être sortis de la baie de La Baule nous devrons contourner le plateau du Four par le nord puis tactiquer au milieu des îles de la Baie de Quiberon jusqu’au phare des Birvideaux au nord-ouest de Belle-Île.
Là nous entamerons une descente vers Les Sables d’Olonne où nous devrons contourner une bouée avant de remonter faire le tour de l’île de Groix et enfin mettre le cap de nouveau sur Pornichet pour l’arrivée.

12h30 :
Le vent a sacrément molli et nous évoluons péniblement à 2 nœuds le long de la ligne de départ qui est en place.
Déjà certains bateaux rencontrent des problèmes techniques (panne de pilote automatique ou drisses coincées en tête de mât), mais à bord de Mahi-Mahi tout va bien.

La procédure de départ est lancée à l’heure. Le vent est toujours très faible et oscillant, parfois le départ doit être pris sous gennaker et 2 minutes plus tard le vent tourne et finalement il faut partir sous grand spi… Pas évident de prendre la bonne décision dans ces conditions.

Dans le doute je hisse le gennaker et prépare également le grand spi, dans son sac, prêt à monter.

30 secondes avant le top, je déroule mon gennaker et lance le bateau, à 3 nœuds… Je suis presque seul sous le vent de la ligne tandis que 70 bateaux se battent autours du bateau comité.

C’est bon pour moi, j’ai du vent frais et l’angle vers la sortie de la baie, plus lofé, est meilleur.

Top départ :
Plutôt bien, un peu en retard mais lancé et dégagé de la flotte. Rapidement je me retrouve en tête, juste derrière les premiers protos !
Le vent, toujours très faible, tourne à nouveau et il faut envoyer le grand spi.
Nous sortons de la baie avec un vent légèrement forcissant et mettons le cap sur le plateau du Four, devant la pointe du Croisic. À ce moment-là je suis toujours aux avant-postes, il n’y a que Shaman qui, grâce à une impressionnante vitesse, a déjà pris le large !

Nous attaquons désormais le franchissement de la baie de Quiberon, je décide de coller au maximum la route directe pour limiter le risque et ainsi de passer entre Hoëdic et Houat. L’angle est plutôt bon et le vent se maintient. L’AIS me permet de surveiller l’évolution des concurrents qui ont pris une option différente et cela semble bien passer pour moi !

Impression confirmée au passage de Houat où je reprends le contact visuel avec les autres bateaux, et pour le moment c’est bon !

Stan Thuret et Yves Le Blevec viennent à ma rencontre en zodiac pour faire des prises de vue et une petite interview par VHF ! Il fait un temps superbe et le bateau glisse sans efforts, on se croirait presque en vacances.
Tout à coup, le vent s’essouffle et mon spi tombe, inanimé. Le bateau s’arrête. Je suis en plein milieu d’une zone de quelques dizaines de mètres de pétole absolue ! Pas un souffle d’air !

Ronan, à bord du 552 passe 100 mètres à mon vent, sans s’arrêter. Je regarde ainsi passer de nombreux bateaux, impuissant face à la situation. Après de longues minutes, le vent gonfle à nouveau mes voiles et Mahi-Mahi redémarre, comme si nous avions voulu attendre nos poursuivants pour repartir avec eux…

Il faut tout recommencer, je dois être 20e au classement des bateaux de série. Sacré coup dur !

coucher de soleil

Je me remotive, après tout la route est encore longue ; quelques empannages bien placés me permettent de revenir à quelques longueurs du paquet de tête et d’enrouler le phare des Birvideaux dans les 10 premiers.
La nuit est déjà tombée et nous faisons désormais route au Sud-Ouest ; Il faut contourner Belle-Île par l’extérieur avant de filer vers Les Sables d’Olonne. Le vent reste incertain et je choisi de ne pas trop coller la côte pour éviter le dévent de l’île.

Je me prépare un repas chaud et enfile mes cirés car la nuit va être fraîche et il va falloir rester bien concentré pour ne pas se faire distancer.
Les premiers vont vite, très vite et leur rythme n’est pas facile à tenir surtout dans ce vent très variable. Au petit matin nous sommes baignés dans une brume épaisse et il m’est impossible de voir les autres bateaux. Difficile de savoir précisément si la nuit a été bénéfique ou pas.

Quoiqu’il en soit les premiers signes de fatigue se font déjà sentir. Je n’ai pu m’octroyer que deux siestes de 10 minutes depuis le départ et c’est bien trop peu.
Nous attendons une bascule de vent depuis plusieurs heures, il ne faut surtout pas la rater pour rester dans le match. Je m’endors, quelques minutes et me réveil en sursaut : la bascule a eu lieu…
Et Merde !!! Les autres bateaux se barrent sous spi et moi je suis à 50° de la route !

Le spi monte en quelques secondes et je me lance à la poursuite de la tête de course.
Quel idiot ! Je me suis laissé avoir comme un débutant !

Nous profitons de 10-15 nœuds de vent d’Ouest pour approcher de l’île d’Yeu. Les bateaux occupants les places d’honneur sont 2 milles devant, difficile de recoller d’ici la bouée des Sables mais il ne faut rien lâcher.
Je me bats, à raz des cailloux de l’île d’Yeu pour profiter d’une accélération du vent et m’abriter du courant. Bateau par bateau je remonte. Travailler les réglages, le matossage, dégager les algues qui se prennent dans la quille et les safrans, manger, boire et recharger les batteries : il n’y a pas de place pour l’ennui à bord de Mahi-Mahi !

A 16h00 dimanche après-midi, nous sommes en approche de la bouée « Nouch Sud », devant Les Sables d’Olonne. Je prends contact par VHF avec le comité de course pour m’annoncer car cette bouée sert de pointage intermédiaire.
A la bouée, j’affale mon spi : nous repartons au près, dans un vent d’une quinzaine de nœuds en direction de l’île de Groix.

Le près en mini, ce n’est vraiment pas drôle… Le bateau avance péniblement à 4 ou 5 nœuds et tape violemment dans les vagues. Il faut déplacer les poids pour soulager Mahi-Mahi.
En matossant après un virement de bord, je tombe à la renverse dans le bateau et laisse échapper mon groupe électrogène qui me permet de recharger mes batteries.
Catastrophe ! De l’huile s’échappe du groupe… je nettoie et le laisse de côté en espérant qu’il voudra bien redémarrer…

1h plus tard je fais une tentative : rien. Le groupe de démarre pas… Là, c’est la merde…
Si je ne peux plus recharger mes batteries cela signifie que je suis « condamné » à ne plus lâcher la barre du bateau car le pilote automatique est très gourmand en électricité que je préfère conserver pour alimenter le GPS et l’électronique.

Il faut garder la tête froide, car déjà nous arrivons dans le sud de l’île d’Yeu qu’il faut là encore contourner par l’extérieur dans un vent de nouveau mollissant. Avant de couper le pilote je m’équipe chaudement et prépare un maximum de choses pour ne plus avoir à rentrer dans le bateau : nourriture, eau, bonnet, lampe frontale… Avec ça je suis paré pour la nuit !

Une fois encore je choisis d’aller à la côte, virer proche des rochers. C’est plutôt positif et nous gagnons encore quelques places. La nuit est tombée sur la flotte des Mini 6.50 et on distingue bien les feux de navigation virer de bord au rythme des rotations du vent. Ma tactique le long de la cote fonctionne plutôt bien et je réussi à me rapprocher d’Amélie, Kévin et Pierre qui occupent les première places.

Une fois l’île d’Yeu franchie, nous nous élançons sur un bord direct de près en direction du sud de Belle-Île dans une brise nocturne de 20 nœuds environ.

C’est une véritable course de vitesse qui m’oppose aux autres. Les yeux rivés sur l’AIS, je guette la vitesse de mes concurrents et tente de tirer le meilleur parti de mon bateau.
Mahi-Mahi est véloce et nous parvenons à recoller légèrement à Amélie sur le 944 et Kévin sur le 671.

Au lever du jour, nous sommes en vue des îles du Morbihan et le vent s’absente de nouveau.
Il faut faire un choix qui peut s’avérer primordial : intérieur ou extérieur de Belle-Île ??
En effet le parcours laisse le contournement de Belle-Île au choix et la route directe est plutôt favorable pour l’intérieur, mon placement aussi.

Avec le 868, que nous n’avons presque pas quitté depuis le départ, nous optons donc pour l’intérieur tandis que la majeure partie de la flotte entame un contournement par l’extérieur.

Le vent est faible mais nous évoluons à une vitesse convenable entre Belle-Ile et Houat.
En sortant du passage entre Belle-Île et Quiberon, c’est l’heure du bilan. Pour l’instant on ne voit rien, aucun bateau ne semble être passé favorablement à l’extérieur de Belle-Île.

Le vent fini par rentrer de nouveau, en brise thermique et nous sommes de nouveau au louvoyage pour rejoindre la pointe Nord de l’île de Groix.

Il faut tenir le coup !

Je n’ai pas quitté la barre depuis près de 20h et commence à être profondément fatigué. Je lutte pour ne pas laisser Guillaume et son 868 s’échapper mais il est très fort dans ces conditions et mon cerveau, privé de repos, commence à tourner au ralenti.

A quelques miles de la pointe de Groix, je vois apparaître 4 bateaux au large. Ce sont les partisans de l’option extérieur Belle-Ile qui nous reviennent dessus à grande vitesse.
Ils vont me passer devant c’est une certitude mais en anticipant bien la manœuvre d’envoi de spi que je dois faire en passant la pointe, je peux rester à portée !

La brise thermique est désormais bien installée, au Nord-Ouest pour près de 20 nœuds ; Il faut se déplacer prudemment sur le bateau ; je sais que je suis épuisé alors il faut absolument éviter l’erreur bête.
J’anticipe, peut être même un peu trop et en arrivant à la pointe de Groix, j’ai un ris dans la grand-voile, un ris dans le solent et j’ai préparé mon petit spi… j’avance plus lentement que mes adversaires mais tant pis, on assure le coup !

Je franchis la pointe rocheuse de Beg Melen, abat en grand et le spi rose monte en tête !
Les bateaux devant moi envoient leur spi plus tard mais ils envoient le grand ! Je me rend compte aussitôt que sous petit spi je ne pourrai pas lutter… Il faut donc faire un peeling et passer sous spi max.
J’abat à nouveau, libère l’amure et affale mon spi de capelage ; le grand spi est prêt à monter. Le temps de transférer les points d’une voile à l’autre et de hisser la nouvelle voile ,je m’aperçoit que nous sommes déjà dans le chenal de Lorient ! A 12 nœuds de moyenne on en fait de la distance…

Le ferry de Groix est en route et visiblement nous sommes en route de collision.
Bon, il faut établir le spi et empanner dans la foulée…on n’a pas fini de se marrer…
J’empanne tant bien que mal, dans un surf, la grand-voile passe et le spi se regonfle sur l’autre bord.
Je passe désormais tranquillement derrière le ferry et suis sur la trajectoire directe pour aller vers Quiberon. Super ! Il ne reste plus qu’à aller matosser, soit déplacer les quelques 100 kg de matériel à l’intérieur du bateau, de bâbord à tribord puisque nous sommes désormais tribord amure.

A la barre c’est le pied ! Le bateau tient une vitesse minimale de 10 nœuds et accélère dans les vagues à plus de 14 nœuds ! Du planning permanent, comme dévaler un hors-piste qui n’en finit pas.

A 22h00, la nuit tombe et je franchis la pointe des Galères, dans le sud-est de Belle-Île. Je ne vois plus beaucoup de bateaux, la fatigue l’ayant emportée en fin d’après-midi, j’ai laissé beaucoup de concurrents partir devant sans moi. Je barre depuis près de 30h, les écrans NKE me piquent les yeux et mon corps tout entier me fait mal. Je ne sais plus tout à fait où je suis, heureusement que le GPS me donne un cap à suivre car je serais bien incapable de retrouver Pornichet dans tout ce bazar !

Les bateaux de derrière commencent à me rattraper et je ressens les premières hallucinations liées au manque de sommeil : j’entends des voix…
En fait j’entends un semblant de conversation, inaudible, comme une radio mal réglée. Je regarde ma VHF mais elle est éteinte, pour économiser l’énergie… En revanche j’entends bien quelque chose. Vraiment très étrange.

Je fais un point sur ma nav, il me reste un empannage à caler pour me placer sur la route vers l’entrée de la baie de Pornichet. Je ne suis plus qu’à 9 miles de l’arrivée.
Il faut s’arracher, encore quelques heures, pour conserver la place que j’occupe (à ce moment estimée à la 15e place).

Mon dernier empannage se passe très bien, en survitesse et de manière très fluide. Nickel.
Je matosse une dernière fois et commence à guetter la bouée latérale bâbord qui marque l’entrée dans la baie. La nuit est plutôt sombre et il y a des milliers de lumières sur la côte, pas facile de trouver un petit feu à éclats rouge là dedans !

Quelques minutes plus tard je l’aperçois enfin ! Je ne suis plus qu’à 2 miles et le vent est encore fort avec des rafales à plus de 18 nœuds. A la bouée il faudra lofer d’une quinzaine de degrés pour éviter un banc rocheux, autrement dit si en lofant je me fais coucher par une risée, je n’aurais que quelques secondes pour affaler mon spi avant de me retrouver dans les cailloux…
En sécu je jette l’amure et la drisse de spi à l’eau, derrière le bateau. Ainsi en cas d’affalage en urgence, je suis certain qu’il n’y aura pas de nœuds et que le spi descendra rapidement.

Finalement en arrivant à la bouée, le vent à bien faibli et je lofe sans encombre, exagérément pour bien éviter le banc des Evens.
Je prends contact avec le comité de course pour lui annoncer que je suis à 1 mile de la ligne d’arrivée.
Là encore, pas facile de repérer le petit gyrophare placé sur le comité avec toute cette pollution lumineuse à la côte.
Le bateau est mouillé pile poil à la position indiquée sur les instructions de course et la bouée est mouillée dans son nord, et je suis en route directe vers l’arrivée que je franchi finalement en 9e position des bateaux de série, à 0h00min30sec mardi matin après 2j11h00min30sec de course !

Fatigué, les mains à vifs et le corps tout entier endolori mais heureux, je viens de boucler ma première course en solitaire et le résultat n’est vraiment pas si mal.

Vivement la prochaine !

HAUT