LA GUERRE DES NERFS

Platimo Lorient Mini : le compte-rendu complet de la course. Retour sur le déroulement de la course, nos erreurs, nos réussites, nos points d'amélioration.

Vendredi 6 avril 2018, 12H00 : Départ de la première course en Mini de la saison, la Plastimo Lorient Mini qui propose un parcours de 250 miles en double entre la pointe de Penmarc’h et l’Ile d’Yeu.

Pour l’occasion, Mahi-Mahi est resté au ponton de Concarneau et j’embarque à bord de Kaïros, un Pogo 2, avec son propriétaire Ronan Gabriel lui aussi membre du pôle de Concarneau et plus jeune skipper de la flotte Mini 6.50.

La veille au soir, le comité de course nous annonce que compte-tenu des conditions météo annoncées avec un vent aux abonnés absents, le parcours sera réduit à 145 milles.

Le programme est donc le suivant :
Départ sous spi en rade de Lorient pour partir sur un tour de l’Ile de Groix ;
Passage d’une porte avec pointage intermédiaire devant Lorient;
Aller contourner la bouée « Spineg » devant le port du Guilvinec;
Redescendre faire le tour de Belle-Île par le sud et retour vers Lorient pour la ligne d’arrivée.

Vendredi à 9H30 nous sommes prêts à quitter le ponton. Le zodiac de l’organisation nous prend en remorquage pour sortir du Port de la BSM (Base des sous-marins de Lorient).
Nous faisons route vers la zone de course dans un vent établi de 15-17 nœuds (environ 30 km/h) qui commence déjà à faiblir.

11H50, la ligne de départ est en place et la procédure de départ peut commencer. Le vent mollit encore, nous renvoyons un ris dans la grand-voile.

Le départ, habituellement au près, se fera cette fois-ci au portant, sous spi.

12H00, BON DEPART !

On part prudemment, l’objectif étant de ne pas prendre de risques pour le bateau. Ronan, à la barre, trouve un trou parmi les 58 concurrents et nous partons dégagés avec le spi bien établi et seulement quelques longueurs de retard sur les premiers !

Le vent est encore de 12-15 nœuds et les bateaux récents (tels que Mahi-Mahi) accélèrent rapidement et prennent la tête. On se démène tous les deux pour se maintenir à leur portée, Ronan à la barre, moi aux réglages. Le Pogo 2 étant moins rapide dans ces conditions, il faut vraiment s’arracher !

Pour aller à la pointe de Pen-Men, au nord de Groix, il va falloir passer du grand spi au gennaker. C’est une manœuvre compliquée mais heureusement nous l’avons anticipée dans la phase de départ et le gennak est prêt sur le pont, prêt à être hissé !

Les premiers bateaux affalent leur spi en s’écartant de la route directe… On anticipe à nouveau, j’affale le spi pendant que Ronan déroule le gennaker. La manœuvre est parfaitement réalisée, le bateau ne perd pas de vitesse et nous sommes toujours en route directe ! 10 places de gagnée sur ce coup là !

Rapidement nous lofons à Pen-Men, il faut rouler le gennak pour partir au près et descendre en direction de la bouée des Chats (sud-est de Groix).

Le vent faibli brutalement. Quelques bateaux partent à la côte, ça passe bien… On décide d’y aller aussi mais trop tard : ça ne passe plus ! Le vent tombe à 3-4 nœuds et les bateaux resté plus au large s’échappent.

On enchaîne alors les erreurs tactiques et finissons par arriver à la bouée Les Chats parmi les derniers bateaux.

Après cette bouée, nous envoyons de nouveau le spi. Un bel empannage à la porte intermédiaire en rade de Lorient nous permet de reprendre 2 places, on est remontés à bloc : pas question d’occuper la 50e place !

Il faut matosser (déplacer les poids dans le bateau), régler et surtout minimiser les déplacements à bord car le vent et très faible ; et gagne des places ! Bateau par bateau, dans une bataille d’empannage avec 5 nœuds de vent, il faut surtout réussir à toujours garder de la vitesse.
A ce petit jeu-là on se débrouille plutôt bien et on remonte dans le classement.

La nuit tombe, on est de nouveau sous gennaker et avançons à 2-3 nœuds de vitesse… On voit Penfret, le phare des Glénans. C’est la maison ! Les lumières de Concarneau et l’Île aux Moutons, mais il faut rester concentrés.

Le vent commence à rentrer, comme prévu. On doit avoir une légère brise de Nord/Nord-Ouest jusqu’à 5 ou 6 heures du matin. Ça fait du bien d’avancer de nouveau, mais surtout, on est de nouveau dans le match ! Les feux des bateaux de tête apparaissent, ils sont là à moins d’un mille devant nous !

Après avoir bien négocié le contournement des Glénans, nous enroulons la bouée Spineg en 6e position des bateaux de série! A la bouée, il faudra de nouveau envoyer le grand spi. On prépare la manœuvre, il ne faut pas chômer car les premiers partent déjà au portant à toute allure.

Je suis à la barre et Ronan tire sur les ficelles, on enroule proprement la bouée, le spi monte en quelques secondes et se gonfle : nickel. Maintenant : à l’attaque !

Les premiers ayant empanné à la bouée, nous faisons un petit décalage dans le sud avant d’empanner à notre tour. Le placement est plutôt bon mais nous négocions mal un deuxième bord vers le sud et perdons alors un temps précieux et de nombreuses places…

A 8H00 samedi matin, la pétole tant annoncée s’installe pour ne plus nous quitter. Nous sommes au large de l’île de Groix. Il y a 2 nœuds de vent et 2m de houle… Les voiles claquent et ne parviennent pas à s’établir. Le bateau roule d’un bord sur l’autre, on ne peut rien faire et dérivons, poussés par la houle à 0,5 nœuds de moyenne.

On décide alors d'enchaîner les siestes. 1h/1h, chacun son tour, pendant que l’autre guette la moindre risée… Se reposer pour passer le temps, et surtout ne pas craquer.

Là ! Un souffle d’air ! Il faut le tenter ! On envoi, le spi, ou bien le gennak ; les yeux rivés sur l’écran de la girouette-anémomètre. On parcourt 2 miles en presque 6h ! Une brume marine stagne et ne nous permet plus de voir que les bateaux proches de nous… C’est dur mais il faut s’accrocher.

A la tombée de la nuit, la situation n’a pas changé ou presque : la plus grosse risée de la journée (4 nœuds de vent pendant 20 minutes) nous a permis d’atteindre l’ouest de Belle-Île mais de nouveau le vent retombe et de nouveau nous sommes arrêtés…

Quelle frustration, quand on sait que nos bateaux dans la brise sont de véritables bolides ! Là il faut prendre son mal en patience, attendre le vent et espérer que ce soit pour tout le monde pareil…

Scotchés dans le sud-ouest de Belle-Île, balayés toutes les 10 secondes par le faisceau de Goulphar (l’un des phares de l’île) pendant près de 5h qui paraissent interminables.

Enfin vers 3h30 dimanche matin, le vent commence à rentrer de nouveau après 20h d’absence. On envoi le spi medium, le grand spi n’ayant pas du tout apprécié de battre une partie de la journée contre le mat, il est déchiré et inutilisable.

Rapidement ça repasse sous gennaker et nous repartons finalement au près en enroulant la Pointe de Kerdonis à l’ouest de Belle-Île dans un vent établi d’environ 10 nœuds.

C’est la dernière ligne droite ou presque car il faut rallier l’arrivée au près, en tirant des bords.
La fatigue est désormais omni-présente et la nuit extrêmement fraîche nous épuise. Nous avons du mal à contenir nos adversaires directs et perdons quelques places sur de mauvais placements.

A 10h00 dimanche matin la ligne d’arrivée est en vue. Nous sommes au contact avec plusieurs bateaux et parvenons à en mettre un ou deux derrière nous pour le moral et finir sur une bonne note.

Nous franchissons finalement la ligne d’arrivée à 10h55 en 33e position au classement général et 24e sur 41 au classement des bateaux de série.

Un résultat un peu décevant à première vue mais il faut relativiser : c’était notre première course en mini pour tous les deux, nous avons appris énormément de choses tant sur la préparation de la course que sur la manière de se gérer et de gérer son bateau !
On est fatigués mais super heureux d’avoir bouclé notre première course du circuit 6.50 et ça c’est trop cool !

Désormais il faut se reposer et préparer la Pornichet Select : 300 miles en solo, départ le 21 avril.

A très bientôt

Julien

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